L’Everest culmine à 8 848,86 m au-dessus du niveau de la mer. Ce chiffre, officialisé en 2020, est le fruit d’une campagne de mesure conjointe entre la Chine et le Népal. Mesurer la montagne la plus haute du monde ne se résume pas à poser un mètre ruban sur un rocher : c’est une opération géodésique complexe, qui mobilise des satellites, des lasers et une bonne dose de diplomatie.
Mesurer l’altitude d’une montagne : par rapport à quoi exactement ?
Avant de parler de technologie, il faut répondre à une question plus simple qu’il n’y paraît : que signifie « hauteur » pour une montagne ? La réponse dépend du point de référence choisi.
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L’altitude classique se calcule par rapport au niveau moyen de la mer. Ce niveau n’est pas une ligne fixe. Il varie selon les marées, les courants, la pression atmosphérique et même la densité des roches sous la croûte terrestre. Chaque pays définit son propre « zéro » à partir de stations marégraphiques situées sur ses côtes.
C’est là que les choses se compliquent. La Chine et le Népal n’utilisaient pas le même zéro de référence. La Chine mesurait l’Everest à partir de la baie de Huanghai (mer Jaune), le Népal depuis le golfe du Bengale. Deux points de départ différents donnaient deux altitudes différentes, avec un écart de quelques mètres.
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Campagne de mesure Chine-Népal en 2020 : GPS, lidar et diplomatie
La campagne de 2020 a marqué un tournant. Pour la première fois, les deux pays ont travaillé ensemble pour s’accorder sur une altitude unique. L’enjeu n’était pas seulement scientifique : harmoniser les références géodésiques entre deux nations qui partagent un même sommet relevait aussi d’un acte politique.
Les équipes ont combiné plusieurs techniques :
- Le GNSS différentiel (système mondial de navigation par satellite, dont le GPS américain n’est qu’une composante) permet de localiser un point en trois dimensions avec une précision de quelques centimètres. Des récepteurs ont été installés au sommet même de l’Everest.
- Le nivellement de précision relie les mesures satellite à un réseau de points de référence au sol, calibrés par rapport au niveau de la mer.
- Le lidar (télémétrie laser) complète le dispositif en mesurant l’épaisseur de neige et de glace au sommet, pour distinguer la roche du manteau neigeux.
Cette distinction a son importance. Faut-il mesurer la montagne jusqu’à la roche ou jusqu’à la neige ? La couche de neige au sommet de l’Everest varie selon les saisons. La campagne de 2020 a intégré ce paramètre, ce qui explique en partie la différence avec les mesures précédentes.
Précision centimétrique : ce que change la géodésie moderne
Vous avez peut-être remarqué que l’altitude de l’Everest a changé plusieurs fois au fil des décennies. Ce n’est pas que la montagne grandit de façon spectaculaire (même si la tectonique la pousse vers le haut de quelques millimètres par an). C’est surtout que les outils de mesure se sont affinés.
Les premières estimations, au milieu du XIXe siècle, reposaient sur la triangulation : des géomètres posés dans les plaines indiennes visaient le sommet avec des théodolites, en corrigeant la réfraction atmosphérique. La marge d’erreur se comptait en dizaines de mètres.
Les campagnes modernes atteignent désormais une précision de l’ordre de quelques centimètres. Le Mont Blanc, par exemple, fait l’objet de mesures régulières par des géomètres experts qui suivent les variations de son sommet englacé. La première mesure GPS du Mont Blanc remonte à plus de quarante ans, et les équipes disposaient alors d’un créneau très court pour capter les signaux satellites.
Cette précision nouvelle pose une question concrète : à partir de quel moment un changement d’altitude devient-il significatif ? Un séisme, un glissement de terrain ou simplement une fonte de neige peuvent modifier la hauteur d’un sommet de quelques décimètres. L’altitude d’une montagne n’est pas un chiffre figé, c’est une mesure datée.

Altitude, hauteur de base, distance au centre de la Terre : trois classements différents
Si l’Everest domine le classement par altitude au-dessus du niveau de la mer, d’autres montagnes le surpassent selon d’autres critères.
Le Mauna Kea, à Hawaï, mesure plus de 10 000 mètres depuis sa base sous-marine jusqu’à son sommet. Seule une fraction émerge de l’océan. En hauteur totale de la base au sommet, c’est lui le plus grand édifice montagneux terrestre.
Le Chimborazo, en Équateur, détient un autre record. La Terre n’est pas une sphère parfaite : elle est renflée à l’équateur. Le sommet du Chimborazo, situé près de l’équateur, se trouve donc plus éloigné du centre de la Terre que le sommet de l’Everest, malgré une altitude bien moindre par rapport au niveau de la mer.
Même le Denali, en Alaska, pourrait revendiquer un titre. Son élévation verticale depuis le plateau environnant dépasse celle de l’Everest, dont la base se situe déjà sur le haut plateau tibétain.
Ces comparaisons ne sont pas des curiosités de géographe. Elles révèlent que la notion de « plus haute montagne » dépend du critère de mesure retenu. L’altitude au-dessus du niveau de la mer est une convention, pas une vérité absolue.
Nouvelles méthodes de classement des sommets : l’approche par le volume
Un article récent de National Geographic mentionne une nouvelle méthode de mesure qui pourrait redessiner la hiérarchie des sommets. L’idée : ne plus seulement regarder la pointe, mais évaluer l’ampleur globale d’une montagne en prenant en compte sa masse, son volume ou sa pente.
L’Annapurna, au Népal, culmine à 8 091 m au-dessus du niveau de la mer, ce qui le place au dixième rang mondial. D’après cette nouvelle approche, il pourrait surpasser l’Everest en termes d’impression de verticalité ou de volume émergent.
Ce type de classement reste en discussion dans la communauté scientifique. Il n’existe pas encore de standard international. La convention du niveau de la mer, malgré ses limites, reste la référence partagée par la plupart des institutions.
La mesure de la montagne la plus haute du monde combine géodésie de précision, coopération internationale et choix de conventions. Le chiffre 8 848,86 m est une photographie technique datée de 2020, pas un fait éternel. La prochaine campagne de mesure, avec des instruments encore plus fins, pourrait à nouveau modifier ce chiffre de quelques centimètres – et relancer le débat sur ce que « le plus haut » signifie vraiment.

