Voyager en République dominicaine : quels risques pour les touristes ?

Deuxième île la plus fréquentée des Grandes Antilles, la République dominicaine attire chaque année des millions de visiteurs en quête de plages de rêve et de soleil sans fin. Pourtant, derrière l’image de carte postale, une réalité plus complexe se dessine, faite de contrastes saisissants, de frontières sous tension et d’inégalités criantes.

La République dominicaine partage son territoire avec Haïti, pays voisin frappé de plein fouet par la pauvreté et les catastrophes naturelles à répétition. « La République dominicaine est relativement sûre en comparaison, mais la frontière avec Haïti concentre une part importante des actes criminels », détaille Martin Duřt. Selon lui, des groupes venus d’Haïti franchissent parfois la frontière, agissant aussi bien sur le sol dominicain qu’haïtien, ce qui complexifie la situation sécuritaire.

Les professionnels du tourisme ne manquent pas de rappeler aux voyageurs les risques présents loin des sentiers balisés. « Nous déconseillons de s’y rendre seul, ce n’est tout simplement pas prudent. Aucun de nos clients n’a tenté l’expérience, et nous préférons jouer la transparence sur les conditions réelles lors de la préparation du séjour », précise Tanya Holushova de l’agence de voyages Fisher. Les abords de la frontière restent les zones les plus exposées, où les délits sont monnaie courante.

Martin Duřt, lui, avait pris le temps de se renseigner sur la République dominicaine avant de s’y rendre. Il savait à quoi s’attendre et n’a pas été surpris par la diversité des situations rencontrées.

Voyager seul

Animé par la curiosité, Duřt a choisi de parcourir la République dominicaine avec ses parents, sans l’appui d’un voyagiste, pour découvrir une facette moins connue du pays. Ils ont opté pour une villa à Gaspar Hernandéz, une petite ville côtière, et ont sillonné la région en voiture de location, loin du confort des resorts.

Très vite, la réalité du quotidien s’est imposée : l’économie locale vacille et la précarité est visible à chaque coin de rue. « Sur place, nous avons constaté que la situation était encore plus difficile que ce que nous avions imaginé », confie Duřt. Les habitants pointent du doigt une répartition inégale des ressources, l’État concentrant ses investissements sur les pôles touristiques comme Punta Cana.

En dehors de ces enclaves, les villages se composent souvent de cabanes en bois ou en tôle. L’eau potable se fait rare, sauf pour ceux qui peuvent se procurer des barriques. Malgré la pauvreté, la population locale fait preuve d’une hospitalité désarmante : « Nous nous sommes parfois perdus, car les routes changent sans prévenir et le GPS ne servait pas à grand-chose. Mais les habitants n’ont jamais hésité à nous aider, certains nous accompagnant même jusqu’à notre destination », raconte Duřt.

Autre surprise de taille : les prix pratiqués aux touristes. « Acheter des fruits coûtait trois fois plus cher pour nous que pour notre gardien. Les visiteurs paient systématiquement davantage, même s’il reste possible de négocier avec le sourire », note-t-il, illustrant ainsi le double tarif appliqué aux voyageurs étrangers.

Les ouragans ravagent le pays

Si l’île séduit par ses images de plages immaculées et d’eaux limpides, la réalité s’avère plus nuancée. « L’eau est effectivement très claire, mais il n’y a ni coraux ni vie marine à observer. Les plages aménagées se concentrent dans les grandes zones touristiques comme Punta Cana. Ailleurs, les côtes portent encore les stigmates des ouragans, entre déchets et infrastructures endommagées », témoigne Duřt.

Pour lui, ces catastrophes naturelles, combinées à une politique publique axée sur le tourisme de masse, contribuent à maintenir de vastes portions du pays dans la précarité. Pourtant, il existe des trésors cachés, souvent révélés grâce à la générosité des habitants. Ainsi, Duřt garde le souvenir marquant d’une journée passée à Rio Damajagua, célèbre pour son enchaînement de 27 cascades, loin des circuits classiques.

Durant leur séjour d’une semaine, la famille Duřt a exploré à la fois des sites renommés et des destinations plus confidentielles, citant par exemple Sosúa, Punta Cana et la grotte de Las Terranas. « Beaucoup viennent ici chercher le dépaysement, et ils le trouvent sans difficulté. Mais il faudrait aussi regarder au-delà des murs des complexes hôteliers : là, on croise des familles vivant dans des conditions précaires, parfois privées d’accès à l’eau potable », souligne-t-il.

Partir en République dominicaine, c’est accepter de voir derrière la façade. Entre plages de rêve et villages oubliés, la réalité s’impose, brute et sans fard. Au voyageur d’ouvrir les yeux, pour saisir toute la complexité d’un pays qui ne se résume jamais à ses brochures touristiques.

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