Le quatrième volet de la série de carnets de voyage de Jirk décrivant son voyage de mariage en Polynésie française nous emmène enfin dans l’archipel emblématique de Bora Bora.
Partie I, Place Bora Bora, j’ai été attirée par Kutná Hora
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Partie II, À la hausse vers la Polynésie française
Épisode III, Pour les marquises sauvages
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17 septembre 2020
Le réveil sous une pluie lourde donne le ton : le ciel a perdu la limpidité de la veille, le paysage n’offre qu’une lumière filtrée par les nuages. À sept heures, la journée débute discrètement. Au petit-déjeuner, on puise dans les réserves : œufs, jambon, fonds de supermarché. Pas de marathon touristique au programme, mais une vraie bascule : cap sur les îles de la Société, adieu les Marquises.
Un détour s’impose par la baie de Hanaiapa. Quelque part là, dissimulé, un rocher couvert de pétroglyphes attend les visiteurs persévérants. Même les guides glissent un conseil : l’aide des locaux facilite la quête. On en parle, un homme d’une soixantaine d’années, pioche en main, propose de servir de guide si on le dépose en voiture. Accord trouvé.
En moins d’un kilomètre, il embarque pour une grimpette bien raide, que seul un Jimny peut encaisser. On finit la route sur une piste incertaine, à peine visible, puis à pied sur trois cents mètres. Enfin, le bloc tant cherché se dévoile : « C’est là », annonce-t-il.
Rocher mystérieux
Le bloc dort sous une épaisse couche de terre, loin des circuits traditionnels. On nettoie la surface à la main, les lignes apparaissent, elles figureraient une tortue. Notre guide, amusé, jure qu’il y en a plus, mais le rocher aurait été bougé, certains pétroglyphes se cacheraient désormais dessous. Impossible d’en voir plus : on repart, la curiosité intacte.
Borc, frustré, nous suggère une alternative : une statuette Tiki isolée dans la forêt, qu’il décrit sans faillir. On le raccompagne. Il décline tout paiement, heureux d’avoir partagé ce moment ; ailleurs, on aurait vite senti la pression commerciale, ici seule la générosité opère.
Proche de l’aéroport, on suit le parcours indiqué : dix minutes dans la jungle, une paume d’arbre penchée pour repère, et soudain, un petit tiki sourit sous la végétation. L’état du monument n’est pas irréprochable, mais l’ambiance reste unique.

Il faut songer à rendre la voiture. Évidemment, le plein n’est pas fait. Seule station ouverte à l’aube, accessible aujourd’hui par miracle : le pompiste, détendu, nous accueille. Ici, l’essence s’affiche à 24 CZK/litre, moins cher que chez nous,un détail rare dans les comptes du séjour.
Après deux aventures, sortie d’aéroport dans des habits couverts de boue ; personne n’y prête attention.
Saut d’île à Papeete
Trajet du jour : boucle Papeete, Hiva Oa, Nuku Hiva, retour sur Tahiti. Première étape, saut de trente minutes vers Nuku Hiva.
À bord, deux tout-petits et leur famille attirent l’œil. Hiva Oa n’a pas d’hôpital, juste un médecin et de rares infirmières ; pour accoucher, il faut rejoindre Nuku Hiva ou Papeete. Les allers-retours familiaux font partie de l’équilibre de ces îles.
L’avion est plein. En s’installant, on croise Eduard, la soixantaine tatouée, professeur marquisien, habitué des navettes entre archipels. Il évoque la langue marquisienne, si différente du tahitien, passionné. Je parle de Jocelyn, notre hôte ; bien sûr, il le connaît. Ici, les réseaux sont courts.
À Nuku Hiva, échanges de politesses et on remonte.
Départ de Hiva Oa
Baguette et citron
Plaisir simple : une baguette au thon au restaurant de l’aéroport, accompagnée de son citron familier. Le poisson est frais, le sandwich efficace, difficile de faire mieux entre deux avions.
Au café avalé, on attend l’appel. Pas d’horaires affichés : on s’aligne devant la porte unique, ambiance récréation. Une ambulance débarque, trois sièges réservés à un patient, le personnel protège son intimité avec une bâche pour le décollage.
Le vol jusqu’à Papeete s’étale paisiblement sur trois heures et quart. Retour tranquille à Tahiti.
Nuit à Papeete
Petit terminal, un seul tapis, la sortie s’enchaîne. Les taxis, prix affiché, marchent sans marchandage ni détour. En un quart d’heure, on retrouve notre hôtel habituel,chambre avec fenêtre cette fois, et zéro cafard à déclarer. Un clin d’œil aux anciens hôtels tchèques, version polynésienne : ici, pas de punaises de lit, on s’accommode du confort trouvé.
Il faut trouver à manger. Un bistrot chinois bien noté nous attire. Cadre sans chichi : deux chaises en plastique, deux femmes, la plupart des commandes sont à emporter. Nouilles, viande, crevettes : tout est là, mais l’addition fait grimacer, plus de 500 CZK pour deux. Même après une semaine, l’écart de prix surprend toujours.
18 septembre
2020. Pas de cafard cette nuit, mais la fenêtre se paie d’un revers : décollages nocturnes des vols transpacifiques perturbent le sommeil. Air France, Air Tahiti Nui, United, chacun arrive de Los Angeles avant l’aube.
Réveil inhabituellement tardif à six heures. Taxi vers l’aéroport : même chauffeur que quatre jours plus tôt, qui se souvient et raconte son week-end familial à Moorea, l’équivalent local d’un week-end à la campagne chez nous, mais avec moins de débit bancaire favorable.
Pic de fréquentation au terminal : départs pour les Gambier, les Marquises, et Bora Bora, notre objectif, via Raiatea. Le système Air Tahiti a sa logique mystérieuse. Itinéraires et horaires évoluent, sans rime évidente.
Dans l’avion, changement d’ambiance : pas de doyens du village, mais des couples en lune de miel, familles, et quelques festivités d’anniversaire de mariage.
Le vol dure à peine quarante-cinq minutes. Déjà, Bora Bora jaillit sous la carlingue. Les bleus du lagon hypnotisent. Le mont Otemanu s’impose clairement à l’horizon. Rien ne rend justice à la scène,ni photo, ni récit.
Bora Bora
L’aéroport est isolé sur son îlot, témoin de son passé de base américaine. La longue piste, taillée pour d’anciens gros porteurs, atteste de cette histoire.

L’arrivée segmente le public. Sur Bora Bora, la beauté se savoure en fonction de son budget. Les plus aisés montent dans des bateaux privés, direction les palaces sur motus, face au mont Otemanu, le tout sans attendre.
Pour les autres, l’expérience commence par la navette publique et une arrivée au port. Ici se découvre la « vraie » Bora Bora.
Moyens de transport vers le continent
La traversée se fait sans incident. Location de voiture immédiate au port, parcours des anciens canons américains, le tour de l’île ne prend que deux heures. La voiture est rendue près de l’hôtel, jauge vide, la station essence est loin, tant pis.
La question du logement s’est tranchée en amont. Face à l’incertitude et aux exigences sanitaires, impossible d’envisager un séjour non remboursable tant que vols et tests n’étaient pas assurés.
Les bungalows sur pilotis font rêver, mais à des tarifs qui s’envolent. Un contact ayant tenté l’expérience racontait que quatre minutes sous la douche suffisent à faire exploser l’addition. On parle de dizaines de milliers de couronnes par nuit, et jusqu’à 250 000 CZK pour une villa d’exception.
Même avec les ajustements tarifaires liés au contexte sanitaire, dormir sur le lagon reste réservé à quelques privilégiés, autour de 25 000 CZK la nuit avec petit-déjeuner.
Les bungalows sur pilotis : mode d’emploi
Pour gagner ce luxe sans tout sacrifier au budget, on mise sur l’hôtel Maitai. Une vingtaine de bungalows sur pilotis, ambiance moins dorée mais l’effet est là. La passerelle de bois mène à une chambre accueillante, une grande table vitrée laisse contempler la vie marine en temps réel. Le soir, des bancs de poissons se pressent dans la lumière artificielle, spectacle fascinant.
Chaque logement a sa terrasse privée, accès direct dans l’eau pour nager vers le récif. Les coraux, même déplacés par la main de l’homme, accueillent une faune colorée qui s’est bien adaptée.
La scène a quelque chose d’inédit, difficile à oublier. Sur la terrasse, devant les différents tons de bleu du Pacifique, on oublie sa notion des couleurs.

Maisons sur pilotis
Bora Bora vue d’en haut : et les sanitaires ?
Passé l’émerveillement des premiers instants, retour aux interrogations pratiques : chaque bungalow dispose de ses équipements, mais où vont les eaux usées, comment arrivent l’électricité et Internet ? Réponse : tout est masqué sous les passerelles. L’entretien coûte cher, l’eau salée use chaque structure en quelques semaines seulement.
Le dîner se prend enfin dans un vrai restaurant. La différence de prix avec les snacks reste raisonnable. Au menu, poissons du coin poêlés, beurre fondant et, rareté, bière pression. En dessert, un fondant à la noix de coco bluffant de saveur.
La nuit sur le lagon est douce, porte grande ouverte,aucun moustique ni mouche à signaler, sauf cas exceptionnel où la mer apporterait des déchets. On y prendrait goût.
19 septembre 2020
Réveil tardif, presque dix-neuf heures. La sensation est irréelle : on est à Bora Bora, les pieds dans le lagon. La terrasse offre ce même décor, matin et soir : invariable et pourtant fascinant.
Petit-déj, dilemme classique : baguette ou buffet hôtelier ? On cède au buffet, mais le protocole covid rend l’exercice laborieux,tout sous plastique, fourchette neuve à chaque service, ambiance un rien clinique.
Chacun part à ses occupations : Jirka sort le drone, Hanička plonge observer les poissons. Plus tard, déjeuner à la va-vite puis sortie snorkeling dans le lagon, menée par Henry, sourire inépuisable.
À bord, direction la pointe du lagon, là où le bleu pastel rencontre le bleu marine. L’expérience réserve son lot d’attente : plus on a vu, plus il faut de nouveauté. Après l’Égypte, Maurice ou la Grande Barrière, la surprise ne vient pas toujours. Mais ici, la Polynésie a du répondant : poissons jaunes éclatants, murène, requins à pointes noires.
Retour au port : on croise une pirogue fleurie baptisée « Romantic Bora Bora ». À l’avant, un couple rêveur ; à l’arrière, le rameur, visiblement blasé, mime qu’il balancerait volontiers les tourtereaux par-dessus bord. Sourires sur tous les visages, la complicité passe.
Le soir, retour au restaurant. La nouveauté manque, mais on se console avec une bière fraîche et un paquet de Pringles dans la chambre. Envie soudaine : nourrir les poissons sous la table vitrée du bungalow. La réaction est immédiate : nuée vorace au rendez-vous.
🙂
Requin à pointes noires, je chatouille
20 septembre 2020, « La cloche a sonné et c’est fini sur Boera… » Les poissons étaient curieux
Il faut déjà songer au départ. Drôle de sentiment : la terrasse du bungalow permet un dernier bain de perspective, à observer encore et encore la même vue pour la savourer pleinement. Les sacs sont faits, cap sur le port avant le déjeuner. La veille, le fish and chips a eu du succès ; aujourd’hui, la variante fromage séduit moins. Tentative d’attirer les poissons au bout du port, sans effet. Brise soudaine : mon chapeau s’envole, flotte à vingt mètres. Par réflexe, Hansel part le récupérer, plonge, le sauve : plus de peur que de mal. Sans, j’aurais raté mon entrée à Maupiti.
Pour rejoindre l’aéroport, impératif d’emprunter le bateau. Les clients des palaces restent dans leur bulle privée, nous, on opte pour le catamaran collectif.

Un dernier regard à Bora, clin d’œil aux sanitaires de l’île pour la route.
À peine la traversée achevée, nouvel embarquement pour Maupiti. L’île la plus reculée de l’archipel, repérée lors de la préparation du voyage : tous les avis poussaient à y rester trois jours. Mais les vols sont rares : deux par semaine, soit moins d’une journée sur place, soit dix, pas de demi-mesure,tout était déjà complet autrement.
Le trajet est fulgurant, soixante-quatorze kilomètres, treize minutes d’ATR42 à peine le temps de s’installer.
Maupiti, côté aéroport
Maupiti rappelle Bora Bora, mais dépourvue de grands hôtels. Pas de réservation internet possible, ni sur les plateformes classiques, ni sur Airbnb. L’unique solution : décrocher le téléphone et tenter sa chance pour une pension de famille.
L’aéroport est aussi sur un motu, à deux kilomètres du village principal. Un bateau s’impose pour rejoindre son hébergement.
L’atterrissage secoue fort, le vent pousse, le pilote plaque l’appareil sur la piste courte de 956 mètres, réservée aux petits avions.
Au terminal, l’ambiance est décontractée : deux jeunes se partagent tout, des enregistrements au nettoyage. À la sortie, accueil fleuri par notre logeuse qui nous embarque dans une brouette à moteur pour rejoindre le bateau. Cinq minutes de traversée, elle en profite pour ouvrir une bière, moment suspendu.
Sur l’île
Changement de véhicule : cette fois, voiture, portières grandes ouvertes, priorité à la fraîcheur. Location de vélos pour gagner la seule plage avant la nuit. Dommage de ne pas pouvoir étirer le séjour : baignade grandiose dans le lagon, motus alentour qui appellent à l’aventure.
Le dîner s’impose : poisson du matin, purée d’ananas, riz. Un bémol, toutefois : la tablée du soir, groupe de Français au verbe envahissant, ambiance pesante. La soirée s’écourte, de toute façon le lendemain s’annonce dense, réveil programmé sans pitié.
La suite au prochain épisode >> Apprendre à connaître les îles de Maupiti Araiatea

