Oubliez les itinéraires balisés et les retours planifiés : Forest et Bara, deux aventuriers venus des Highlands, ont tout vendu pour une camionnette. Avec l’argent récolté, ils ont acquis leur véhicule, avant de le transformer de leurs propres mains en véritable maison sur roues. Décembre 2018 marque le début d’une odyssée de douze mois à travers l’Europe et le nord de l’Afrique. Liberté, autonomie, mais aussi inconfort et petites galères mécaniques ponctuent ce mode de vie sans attaches : bienvenue dans l’univers des vanlifers.
Les 8 derniers mois, vous avez travaillé sur un livre qui sortira fin octobre. Dites-moi ce que nous pouvons y trouver ?
Dans « Life in a Van, Our Story », on retrouve le récit brut de cette traversée. Séjours atypiques parmi les communautés hippies aux sources chaudes d’Espagne, immersion dans le Maroc aux couleurs intenses, aventures avec leur fidèle chien Samuel, passage par une ferme caprine en Norvège, ou encore les pannes parfois épiques de Dodynka, leur maison roulante. Il y a eu les nuits glacées en Suède, réparant les freins sous les aurores boréales, ou dans la chaleur étouffante du Sahara, à traquer un court-circuit dans le labyrinthe de câbles. Forest a façonné le texte chaque jour pendant six mois, pendant que Barbora, carnet et crayon en main, illustrait les scènes impossibles à capturer sur le vif. L’ouvrage rassemble aussi plus d’une centaine de photos authentiques qui racontent ce quotidien hors-norme.
A lire également : Découvrez les love rooms en Normandie : l'escapade romantique idéale
La seconde partie du livre documente, étape par étape, la transformation de leur utilitaire en véritable habitat mobile. De quoi inspirer celles et ceux qui rêvent d’aménager leur propre van et de tout quitter pour la route.
Comment un tel voyage est-il prévu de toute façon ? Vous êtes-vous piqué le doigt dans la carte ou le voyage était-il l’accomplissement de rêves d’enfance ?
Leur objectif ? Prendre le large, pour de vrai, sur une durée qui dépasse les vacances classiques. Le plan initial : partir avant Noël, mettre le cap sur le sud à la recherche de chaleur, puis remonter vers le nord l’été venu. Sur le papier, rien de précis, juste un point de départ, Valence, en Espagne, et l’envie d’improviser. Rapidement, l’appel du Maroc se fait sentir. Ils y passeront plus d’un mois, à avaler plus de 3 000 kilomètres, avant de découvrir le Portugal, la France, l’Allemagne, puis de filer vers l’aventure nordique. Entre août et décembre, la Norvège et la Suède deviennent leur nouveau terrain de jeu, jusqu’à ce que la nostalgie du foyer se fasse sentir, même pour Dodynka.
Lire également : Où partir en décembre pour vivre une aventure inoubliable

La vie dans la camionnette est une question de modestie et de patience. À quoi ressemblait votre journée habituelle ?
Impossible de s’installer dans la routine : chaque matin, nouveau décor, nouvelles odeurs, nouvelles rencontres. Samuel, leur chien, n’est jamais loin lors des explorations matinales. Ensuite, travail en ligne, déplacement de quelques kilomètres ou randonnée au gré de l’envie. Mais il faut aussi gérer tout ce que la vie sédentaire rend invisible : trouver un endroit pour se laver, remplir les bidons d’eau, acheter de quoi cuisiner. Cette incertitude permanente pimente le quotidien : chaque jour, une surprise, un défi, une histoire différente à raconter.
Bien que vous soyez clairement voyageur par corps et âme, la vie vous a changé d’une manière ou d’une autre. Dans une camionnette ?
Ce mode de vie les a profondément transformés. Le rythme effréné a laissé place à une attention nouvelle portée à l’instant, à la nature, aux gestes simples. Conduite moins pressée, plaisir de la douche chaude, du confort du foyer, conscience aiguë du gaspillage : tout a changé. Surtout, la débrouillardise et l’humour sont devenus leurs alliés face aux imprévus. À leur retour, les différences de mentalité sautent aux yeux. En Espagne, personne ne court après le temps. Au Maroc, l’Europe fascine, même là où il vaudrait mieux ralentir. En Norvège, l’accès à la nature, le respect, l’humour tranchant, tout les a marqués. Le retour en République tchèque a été teinté d’ambivalence : la convivialité retrouvée, mais aussi le stress et la négativité ambiante.
Sur les photos, où le trouble a-t-il l’air amusant, quand avez-vous vraiment manqué d’humour ?
Les pannes de Dodynka ont souvent viré à la comédie, avec des solutions inventives et parfois absurdes. Mais l’inquiétude pointait dès qu’il s’agissait de Samuel : intoxication à l’avocat en Espagne, ventre rempli de sable au Portugal, maladie mystérieuse en Norvège. Heureusement, il s’en est toujours sorti. Pour ce qui est des réparations, ils ont tout affronté eux-mêmes, sans expérience, refusant la facilité d’un garage. Au Maroc, diagnostiquer la panne électrique les a occupés trois jours entiers, au milieu d’une forêt de fils. En Suède, changement de freins dans la neige, mauvaise commande, attente du colis venu d’Allemagne… qu’ils finiront par perdre. Trois billets de ferry pour l’Allemagne, trois départs manqués à cause de la mécanique récalcitrante. Le froid, la buée sur le pare-brise, la gamelle de Samuel gelée : tout cela fait désormais partie du récit, plus drôle a posteriori que sur le moment.

Le coronavirus a ruiné votre voyage prévu en Grèce et en Scandinavie. Vous avez donc passé l’été à errer dans nos campagnes. Où êtes-vous allé partout ?
Pendant la première vague de la pandémie, quitter le pays n’était plus envisageable. Ils ont alors pris une décision inattendue : accueillir deux moutons dans leur jardin et se lancer dans l’agriculture. Mais l’appel du voyage n’a pas disparu pour autant. Avec cette aide laineuse, ils ont parcouru la République tchèque à la recherche du spot idéal pour la photo de couverture de leur livre, participé à un tournoi de pétanque en Bohême du Sud, exploré les environs de la maštala de Toulc, ou encore profité de la vallée de leur rivière favorite, Tremp, pour quelques jours de calme.
Pour le prochain projet, Forest Ritual, de quoi s’agit-il exactement ?
Le numérique occupe désormais une grande part de leur quotidien, mais ce n’a pas toujours été le cas. Pour partir, Barbora a mis de côté la restauration de façades historiques, Forest a quitté la gestion de son atelier d’artisanat. L’envie de travailler de leurs mains les a rattrapés. De là est né le projet Forest Ritual : promouvoir l’artisanat traditionnel sous toutes ses formes. Un atelier verra bientôt le jour dans le château de Náměště nad Oslavou, avec la volonté de renouer avec la nature, de prouver qu’il est possible d’être heureux avec moins. Les ambitions sont grandes, mais le pragmatisme reste de mise. Comme toujours, ils partageront leurs avancées sur les réseaux sociaux si tout se déroule comme prévu.
Question sur Foresta : Êtes-vous de Brno, où vous avez « fui » à Náměště nad Oslavou (comme je l’ai fait), qu’en avez-vous tiré ?
Pendant des années, Forest quittait Brno chaque semaine pour se ressourcer à Náměště, entouré par une nature qui apaise et inspire. Il a parcouru le pays, mais la vallée de l’Oslava est restée son refuge. Un jour, ses photos attirent l’attention d’une habitante du coin, Barbora. Depuis, ils avancent ensemble, Samuel sur leurs talons, et ont fini par s’installer à Náměště après leur grand périple. Là-bas, ils continuent à porter des initiatives culturelles avec l’association PRO|OKO et s’impliquent dans la vie locale. Ce qu’il aime dans cette ville-village ? Son échelle humaine, où tout le monde se connaît. Brno reste chère à son cœur, mais il se sent désormais plus proche de la nature que de la frénésie urbaine.
Avez-vous une histoire liée à Chrudimi ?
Les grandes villes, aussi belles soient-elles, ne sont pas au centre de leurs parcours. Chrudim et la tour panoramique de Bara restent ainsi peu explorées. Pourtant, lors d’une escapade avec Dodynka, ils ont passé une nuit paisible près de la tour d’observation de Boika et visité le musée de la Terre des Celtes à Nasavrk. Plus récemment, ils ont entrepris une marche de Lusca à Proseč, profitant du calme de la vallée de la Krounka et de Novohradka.
Envie de voir ce que tout cela donne en images ? « Life in the van » se découvre aussi sur Facebook, Instagram et Youtube. Merci à Bary et Forest pour leurs réponses et leurs photos, et que la route leur réserve encore de longs kilomètres sous de meilleurs auspices.


